Cette semaine, apres avoir vu l'appart et le premier salaire (10 fois le mien + encore autant en bonus) de mon collegue qui fait de la finance a BNP Paribas, je me suis pose pas mal de questions sur mes choix de vie, surtout au niveau de la carriere. Voici un resume de ce qui s'est passe dans ma tete. Comme c'est un resume, certaines phrases peuvent paraitre choquantes, demandez moi des explications avant de vous offusquer. Ma reflexion s'est faite en 6 etapes successives :
1 - A Polytechnique j'ai vu que je pouvais choisir entre
A - vie de luxe, metier moyennement interessant, horaires contraignants : en devenant consultant ou en faisant de la finance mathematique
B - vie de pas tant luxe que ca, metier passionnant, horaires flexibles : en devenant chercheur en physique
A ce moment-la, je pensais vraiment que je pouvais briller en science, que si je voulais je pouvais avoir 5 prix Nobel, bref je me prenais pour Einstein, Maxwell (petit cace-dedi), Feynman, ou autre rock star de la physique. Donc je croyais que je pouvais apporter une enorme contribution a l'humanite et passer a la posterite grace a la Science. Pour ca, par amour pour l'humanite, et par altruisme, j'ai donc choisi de laisser tomber la fortune et devenir chercheur.
2 - Au bout d'un an de stages et theses en recherche, je me suis bien sur rendu compte que je n'etais pas un grand genie. A quoi riment alors mes choix ? Est-ce que faire avancer la science juste un peu, anonymement, ça vaut le coup ? La science et ITER peut tres bien avancer sans moi. A quoi ca sert que je me casse la tete. Alors je me dis que je fais ca pour la societe, mais la societe ne me remercie pas vraiment (pecunierement parlant, encore une fois je ne parle ici que de la carriere et des sous). Au vu du peu de soutien de la societe pour la recherche, il est facile de penser que t'as meilleur compte de devenir un gros batard, de gagner plein de tunes et tant pis pour ce que la société n'en tirera pas. Bien sur j'ai une passion pour la science. Mais en fait j'ai une passion pour tout ce que je commence. Si je commencais la finance, je pense que je me passionnerait tres vite. Il serait tres facile pour moi de devenir financier apres ma these, car les equations des fluides qui sont dans les tokamaks, et les equations qui regissent le pricing et le risk management sont exactement les memes, il suffit de remplacer les degres kelvin par des dollars... Les simulations aussi utilisent exactement les memes principes. Alors que faire ? Suspens... Reflexion intense... Retour psychologique sur moi meme... Un chocolat pour aller mieux... Ca y est, j'ai trouve !
3 - Je voulais un prix Nobel, et je suis decu de me rendre compte que j'ai tres peu de chances ? Mais attendez une seconde ! J'avais perdu de vue que quand je reussi quelque chose, le sentiment d'accomplissement est suffisant, les honneurs ce n'est qu'une cerise sur le gateau ! Qu'est ce que je veux vraiment pour ma carriere ? Quand je serai vieux, je veux regarder en arriere et etre fier de ce que j'aurai accompli.
4 - Et puis en fait la finance, ca rapporte gros, mais a quel prix ! Les financiers deviennent des gros legumes qui font des tableurs excel toute la journee, et achetent les plus grosses voitures et les plus grosses maisons parce qu'ils ne savent pas comment depenser leur argent autrement dans les 6 heures de libres qu'il leur reste chaque jour pour dormir et s'amuser. Ce ne sont pas des cliches, j'ai un copain qui travaille a la City a Londres et qui connait tres bien ces histoires.
5 - Toutes ces reflexions me sont venues car pour l'instant je suis thesard, je dois supporter 2 personnes financierement, et donc je dois choisir entre acheter un ticket de metro et un cafe. (Envoyez vos dons au 13 rue de la Misere, Povre-sur-Tristesse, Kenya Cedex.) J'avais un peu perdu de vue que pour moi, m'amuser (fiancierement, toujours, je ne parle que d'argent), ce n'est pas avoir une grosse voiture et aller au restau tous les soirs. C'est juste pouvoir aller au cine une fois de temps en temps, et pouvoir offrir quelques cadeaux a mon entourage, et m'offrir un bon cafe de temps en temps. Donc quand j'aurais un poste, j'aurais largement de quoi profiter de ma vie au maximum et faire plaisir a Ula.
6 - Et puis en fait j'ai lu sur internet que cette reflexion, presque tous les chercheurs en physique se l'ont fait a une periode de leur carriere. Ca vient du fait qu'a l'ecole en physique on nous parle que des grands genies, chaque principe, theoreme, unite de mesure, etc, porte le nom d'un genie. Pour en savoir plus sur ce syndrome, voir "The cult of genius".Et puis petit a petit on se rend compte qu'il n'y a pas besoin d'etre un genie pour faire avancer la science. La recherche c'est une course de fond : les meilleurs chercheurs ne sont pas que les plus intelligents, mais surtout les plus persistants. Et puis de nos jours ce sont surtout des equipes qui font avancer les choses, pas des grands noms.
Pour resumer, je reprendrais donc a mon compte cette citation de la chanteuse Leslie : "T'as fait le bon choix (Wipii, good choice !)"
vendredi 28 mars 2008
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4 commentaires:
Au fait, ce week-end sera surement un week-end sans Skype/MSN, car la tradition quand le printemps arrive, c'est d'aller piqueniquer sous les cerisiers en fleur, et c'est ce qu'on fait ce soir avec des amis et demain avec la famille d'Ula.
Salut Max !
Je partage tout à fait tes réflexions... Dans tous les cas, ça ne me choque pas et je pense comprendre comment tu en es arrivé là...Ca me fait d'ailleurs un peu pensé aux réflexions sur l'amitié en 2e année de prépa...Je "rebondirai" sur ton message dans quelques temps, quand on aura un peu plus de temps.
a+
Salut Max,
Tout d’abord, sache que tes réflexions (notamment sur l’argent), ça ne me choque pas. C’est normal, humain de se poser ce genre de question. D’ailleurs ça me rappelle les réflexions sur l’amitié en prépa…et à l’époque ça m’avait vraiment fais flipper toutes ces réflexions.
Je partage en partie tes réflexions. J’ai choisi de bosser pour l’état dans un but d’aider la société moi aussi et donc d’être utile…Ne soyons pas des bisounours non plus, cela me permet aussi de pouvoir décider de mettre le curseur où il faut entre vie privée et vie professionnelle. En gros, me permettre de pouvoir faire évoluer ma carrière mais surtout pouvoir m’occuper de ma famille.
Moi aussi, je rentre de plus en plus du bureau avec le moral à 0 car j’ai l’impression qu’on m’ait menti sur ma mission. Je vois très peu de gens qui pense au service publique (pour la DRIRE, les sociétés) et beaucoup plus à leur carrière et donc à ne pas faire de vague (meilleure façon de progresser dans la fonction publique). Je m’ « engueule » de plus en plus avec ton pote (mon chef) sur ces sujets en disant que moi je bossais pour les PME car sans elle, il n’y aurait pas de DRIRE… mais j’ai du mal à convaincre…C’est dur d’avoir des valeurs dans cette société.
Par contre, je ne me plains pas de mon salaire. Je pense qu’il est correct par rapport à mon investissement dans la vie professionnelle. Surtout je relativise. Certes, je gagne moins que tes potes financiers mais je gagne beaucoup plus que la plupart des gens. Et lorsque je compare aux salaires des gens dans les PME… je ne me plains surtout pas car certains font des heures de dingo pour gagner moins que moi…Ils ont carrément plus de responsabilité que moi : certains font même vivre 40 familles.
Etre utile et être heureux : voilà le sens de nos vie. Mais tout cela est relatif. Pour moi, la vie est une question de cercle : plus ou moins grands. J’espère que je suis utile à ma famille, c’est ce qui me rend heureux. Certains sont prix nobel. La différence entre eux et moi, c’est l’échelle mais je ne sais pas s’il y a en a un de plus heureux que l’autre.
Ce qui est important, c’est de ne pas se tromper de cible : Avoir une vie de dingo pour au final se rendre compte qu’on est ni utile, ni heureux, qu’on a pas profité de ces enfants. Je pense que c’est le cas de tes potes financier. C’est aussi le cas d’un collègue avec qui je travaille. Avec un BTs, il est rentré chez Airbus.. Petit à petit, il a pris des responsabilités : chef du BE, responsable de projets, chef du département outillage… Au final, il avait 500 personnes sous ses ordres… Jusqu’à temps qu’il craque car il y avait un trop grand différentiel entre ce que les gens attendait de lui et ce qu’il voulait être. A 50 ans, il est désormais en CDD et il monte des projets collaboratifs avec des PME. Cela peut paraître un échec pour la plupart des gens mais c’est comme cela qu’il est heureux car il est en règle avec ces convictions et son éthique.
En conclusion car ma réflexion est parti dans tous les sens : ton questionnement est sain ! Je ne pense pas que tu pensais véritablement à l’argent mais plutôt à la concrétisation du bonheur. L’important dans la vie c’est être heureux (Pour certain, être heureux ça veut dire avoir de l’argent, avoir de la gloire). Ce n’est pas forcément mal que le fait d’être heureux soit synonyme d’argent ou de gloire : c’est tout simplement humain. Par contre, il faut veiller à mon sens à revenir au fondamentaux : je veux être heureux, oui mais est-ce que gagner de l’argent va me rendre vraiment heureux…
PS1 : j’ai l’impression d’avoir fait une argumentation à 2 balles (j’ai l’impression d’être STeevy…) j’espère au moins faire avancer le débat !
PS2 : Tu as fait une faute de frappe : c’est Feldman et non Feynman. En plusn je ne vois pas ce que François Feldman vient faire ici… Ok, les valses de viennes c’était vraiment bien mais faut pas pousser …de là à le comparer à Einstein…
Bon, je pense que ton argumentaire allie la morale de Picsou magazine avec la force de conviction de Francis Lalane, mais je vois ce que tu veux dire. Merci de compléter avec ces éléments que j'avais aussi oublié.
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